Interview : le premier mook rennais d’Arts et d’Histoire EPOKA arrive ce jeudi au Jardin Moderne

Le 5 mars 2013 par Manon

Delphine Priet-Maheo, Binôme, 2012

Actives sur le plan culturel et associatif rennais, Dorothée Petroff et Alisée Casanova -l’une des créatrices de ShareLOC- ne chôment pas. Après avoir créé l’association EPOKA en novembre dernier, elles lancent ce jeudi le premier numéro intitulé Mythologies de leur revue éponyme, au Jardin Moderne.

220 pages en grand format sur la mythologie vue sous tous les angles, du Dieu grec qui fait ses courses aux chiens de Cerbère sur une nappe de pique-nique, ce premier numéro part à la recherche de ses origines avec pour mots d’ordre : collaboratif, pluridisciplinaire et mise en avant des Arts. Deux concerts auront lieu pour animer la soirée : le multi-instrumentiste soliste Yakoba et le Dj Rohr Sha. Et pour pouvoir en profiter un peu plus, le Jardin Moderne expose jusqu’au 7 avril les travaux de la quinzaine d’artistes qui a participé à la revue dont certains inédits. Interview d’Alisée Casanova, la directrice de publication.

 

D’où vient le nom de votre revue EPOKA ?

On voulait jouer sur la notion de temporalité, ce n’est pas un nom de magazine. C’est à mi-chemin entre la revue et du livre : un « mook » dédié à l’art et à la littérature, aux antipodes du numérique. Pour ce premier numéro, on a voulu parler de l’époque latine.

D’où le thème choisi, les Mythologies, au fondement des origines.

Oui, nous avons collaboré avec les artistes sur une thématique pour qu’ils puissent réagir dessus. Pour eux, cela nécessite toute une réflexion avec des approches différentes selon les sensibilités. Minako Ueshima, une artiste japonaise qui collabore à la revue, a appréhendé complètement différemment ce thème par rapport aux autres et a été au fondement de ses origines à elle. EPOKA ne contient pas que des œuvres artistiques mais aussi des articles, des essais écrits par des chercheurs dans une véritable démarche professionnelle. Les dessinateurs, plasticiens, graffeurs, etc., que nous avons choisi sont en voie de se faire connaître mais il y a aussi des noms reconnus comme Mardinoir.

Vous privilégiez tout de même les rennais. Dans les artistes choisis, on peut trouver un professeur d’arts plastiques de Rennes 2 ou encore le collectif RA Crew.

A la base, des parisiens devaient faire partis du projet mais ils n’appréhendaient le projet de la même façon que nous alors cela ne s’est pas fait. On a aussi des contacts pour vendre à Lyon mais pour le moment, notre association est basée à Rennes. Concernant la diffusion de notre revue, on favorise la vente directe. Comme cela, on peut connaître notre lectorat, ses préférences et avoir des retours. Cela rend l’expérience plus humaine et très collaborative avec une démarche d’échange et pluridisciplinaire. EPOKA a aussi pris le parti d’éditer en noir et blanc pour rendre l’objet esthétique.

Est-ce que ce type de magazine manquait à Rennes ?

Ce que nous proposons est de l’information travaillée, pas immédiate comme le fait Internet. L’article le plus grand de la revue va jusqu’à 10 000 signes. C’est à la croisée du journalisme et de la littérature : on y trouve des critiques universitaires, des recherches sur la Poésie et de l’art graphique. Avec EPOKA, on essaie de toucher tous les domaines artistiques avec un grand A. L’association éponyme s’est créée en novembre 2012 mais l’aventure a commencé il y a un an environ.

La confection de ce premier numéro vous a donc prise un an ?

Oui car à la base, on était trois personnes mais une s’est réorienté, a dû travailler et n’avait plus assez de temps pour s’y investir autant que nous. EPOKA est le premier mook qui fait la promotion d’un art très peu côtoyé habituellement par le grand public. Je pense que nous sommes l’intermédiaire entre les artistes et les lecteurs. J’espère que nous sommes un tremplin pour eux. Nous ne sommes pas dans la perspective de traiter des sujets dont tout le monde parle déjà. Vu la liste de commandes, le lectorat est intéressé par cette démarche. Il y a une demande.

Vous avez fait financer l’impression de vos numéros via la plate forme KissKissBankBank dont l’objectif a été largement atteint.

Oui, la revue est financée par les lecteurs eux même. Nous avons concouru dans des milieux artistiques (ndlr : comme La Dînée) pour « combler » les besoins financiers dont le coût de l’impression est le plus important. On peut dire que le public fait un retour sur l’investissement car le résultat final est la revue. Nous restons toujours dans cette démarche collaborative, au sein même de l’équipe et entre les artistes qui travaillent sur un sujet commun, et de façon totalement bénévole. On a tout de suite été suivis par des donateurs qui ne savaient pas ce qu’était précisément EPOKA mais qui avaient envie de connaître quelque chose de nouveau !

Votre premier numéro contient 220 pages et est dimensionné vingt centimètres par vingt centimètres.

L’ouvrage est un livre à part entière. Tu peux l’emmener partout, sur le canapé ou dans le bus. C’est un objet lourd et beau, en noir et blanc. Le travail esthétique devait être important sur le format, la lumière, les productions graphiques, les photographies. Les artistes ont joué le jeu et ont crée des travaux spécialement pour ce premier numéro. Ces derniers sont mis en valeur par un format différent que l’on peut conserver dans une bibliothèque.

K.Cendre (aka. Cassandre Cardiet), Cerbère, Série les XII travaux d’Hercule, 2012

Il en devient lui-même un objet d’art.

Oui, cela se transforme. EPOKA n’est pas une revue que tu vas feuilleter dans la salle d’attente du médecin à côté d’un Marie-Claire ! (Sourire)

Peux-tu me parler de la soirée de lancement qui a lieu ce jeudi ?

Cela s’est fait grâce au bouche à oreille, en fait. Au départ, on ne préparait que le premier numéro de la revue mais on nous a dit que ce serait une bonne idée si on organisait une exposition pour la première soirée de lancement. Les artistes étaient d’accord et grâce à Dorothée [ndlr : la rédactrice en chef de la revue], on a pu mettre en place une collaboration avec le Jardin Moderne qui a accepté une exposition d’un mois.

On pourra voir des œuvres inédites pour l’exposition ?

En effet, il y en aura faites pour l’exposition uniquement et des reprises qui se trouvent déjà dans la revue. Ce sera très diversifié. Jeudi prochain, deux artistes qui n’ont pas collaboré, Armel Rubigny et Mélanie Lemaître, exposeront aussi car ils aimaient le projet et ont réalisé des travaux en noir et blanc.

Deux groupes Yakoba, un multi-instrumentiste soliste, et le Dj Rohr Sha sont programmés pour la soirée.

Oui, je ne peux pas trop t’en parler car c’est Dorothée qui s’en est occupée. On s’est dits qu’on ne pouvait pas ne pas faire une soirée sans un aspect musical derrière car EPOKA touche tous les arts. Le concept même plaisait : deux personnes qui s’invitent le temps de quelques heures sur la scène musicale de façon bénévole.

200 tirages uniques pourront être achetés sur place ce jeudi.

On a dû revoir nos effectifs à la baisse. Il y aura donc 80 exemplaires au Jardin Moderne mais la moitié est déjà réservée…

Avez-vous pensé à une seconde revue ?

Oui mais ce n’est pas un périodique comme le mensuel qui sort tous les mois. Il ne faut pas oublier qu’on travaille avec les artistes, on ne veut pas leur donner de contraintes de temporalité, ne pas leur mettre le couteau sous la gorge. Si on doit attendre six mois, un an pour faire un second numéro, on attendra ! Je dois dire qu’on ne s’attendait pas à un tel succès avant même que le numéro ne soit lancé. Les lecteurs, dès le début, nous ont montré leur soutien.

Propos recueillis par Manon Deniau

 

Jardin Moderne – 20 heures – Entrée libre

Prix du n°1 Mythologies : 20€ (Frais de port exclus) | Possibilité d’acheter dans les librairies spécialisées ou en contactant l’association

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