Cultures Electroni[K] – Projet Pilot 1 : interview d’Antoine Martinet et Elsa Quintin

Le 7 octobre 2012 par Manon

La douzième édition de Cultures Electroni[K] commence le 8 octobre prochain. Âge de la « déraison » comme l’appelle Anne Burlot-Thomas, l’une des organisatrices du festival, cette édition propose nuits électroniques, expériences entre nouvelle technologie et musique et projets artistiques innovants. Cela paraît un peu abstrait présenté comme cela mais ce festival est avant tout, « un bricolage ». « Si tu as des yeux et des oreilles, c’est un bon départ [pour appréhender Cultures Electroni[K]] », plaisante l’organisatrice.

Cet événement s’installe dans de nombreux lieux Rennais : au Diapason, au Tambour, aux Champs Libres, etc. et aussi, dans le lieu emblématique de la ville de Rennes, son parlement. Ce bâtiment imposant du XVIè siècle accueillera du mardi 9 octobre jusqu’au 10 novembre, le projet Pilot 1 réalisé par deux dessinateurs rennais, Elsa Quintin et Antoine Martinet, plus connu sous le nom de Mioshe. Il est le résultat de deux ans de dessin avec pour seul outil, le stylo bille. Rencontre avec ces deux artistes qui reviennent, pour le blog lavierennaise, sur leur rencontre, le projet Pilot exposé pour Cultures Electroni[K] et leur actuelle deuxième collaboration.

 

Blog lavierennaise : Bonjour Elsa et Antoine ! Vous avez réalisé le projet ensemble, comment vous êtes-vous rencontrés ?

Antoine Martinet et Elsa Quintin : On s’est rencontrés à une soirée organisée par les Agités du Bocal.

Votre projet est d’assez grande envergure au niveau de la taille notamment, comment cela vous est venu à l’idée ?

On avait envie de faire un grand dessin ! (Rires) Tous les deux, on avait envie de changer du format conventionnel. Là, c’est démesuré. La folie des grandeurs !

Et pourquoi vous êtes-vous associés tous les deux ?

Parce qu’on aimait bien le dessin ! (Rires) Et on a cette particularité de faire tous les deux du dessin au trait. On se retrouvait assez bien dans ce projet, celui de faire un dessin qui ressemble à une gravure. A grande échelle, avec beaucoup de gestes répétitifs.

Dans une vidéo où tu avais été interviewée Elsa, tu disais que ce projet c’était une façon de mettre à l’honneur le dessin.

C’est le fait de faire à la main, lentement. Sans forcément se réfugier derrière un projet très bien formulé qui en met plein la vue et qui fait parti des discours-fleuve des expositions d’art, en général. Désormais, le but de l’œuvre, ce n’est plus forcément mettre à l’honneur le dessin. Le projet Pilot a été commencé en 2009 mais on le continue au fil du temps et on a plus du tout le même rapport au dessin par rapport au début. Actuellement, on est sur un deuxième projet, basé sur la même structure avec huit panneaux, mais qui change sur la manière de travailler et de traiter l’image. Le premier projet, Projet Pilot 1, était une compilation d’une multitude de dessins qu’on avait envie de réaliser ensemble et les articuler sur un grand panneau. Beaucoup plus dans l’imaginaire, dans l’association d’idées qui nous sont propres. Celui qu’on est en train de faire, c’est une reproduction d’un montage photo construit par nous-même. Les deux n’ont rien à voir. Pourtant, c’est la même technique et les même panneaux. C’est ça qui est intéressant.

Copyright Elsa Quintin/Antoine Martinet

La performance dans votre première œuvre, ce n’était pas forcément le résultat mais aussi la manière de faire…

Déjà, il y a le fait de travailler à plusieurs. Dans le premier dessin, il y a des zones où la notion d’auteur est relativisée. On a partagé le travail. Des fois, quand une partie que l’un de nous deux avait réalisé était faible, l’autre la rehaussait et inversement. Cette notion d’auteur est assez rare, en fait : par égo, on ne repasse pas le dessin de quelqu’un. On n’a pas conservé notre identité, mais on est quand même reconnaissables ! (Sourire) Il y avait des thèmes qui nous appartenaient, réalisés avec des gestes différents. Contrairement à notre second projet où on ne peut plus reconnaître qui a fait quoi, juste la manière dont la personne appuie sur le crayon.

Le travail que vous avez réalisé avec Projet Pilot 1 fait référence aux corporations médiévales. Est-ce que le Moyen-Âge est une période importante pour vous ?

Au niveau des artistes, oui. Antoine est très proche dans son univers graphique de personnes comme Bosch et Bürgel.

Il y a de la mythologie aussi dans vos dessins.

Énormément ! Toute la fantasmagorie possible et inimaginable. Cela dit, c’est de la « fausse » mythologie. On reprend surtout des formes qui nous intéressent et on les vide un peu de leur sens. Quand tu mets Sainte Agathe qui se fait couper les seins à côté d’un dinosaure, cela n’a ni queue ni tête !

Est-ce qu’il y avait un fil conducteur dans Projet Pilot 1  ?

Oui, on savait ce qu’on allait faire. Il y avait une maquette imaginaire : on avait découpé chaque partie et tracé la forme générale de notre dessin pour savoir comment on allait occuper l’espace. Le plus dur, c’était de s’occuper des liaisons. C’est-à-dire, de raccorder telle forme avec telle autre pour que ça s’emboîte. C’est un peu comme le maçon qui doit enduire ses briques ! (Rires) Il faut trouver le bon enduit.

Vous aviez des moments de liberté pour dessiner ?

Dans notre première collaboration, oui. Dans le deuxième aussi. On a des moments de liberté mais ce n’est pas forcément le fait d’imaginer n’importe quoi et de dessiner ce que tu veux. C’est plus que des fois, il y a des grandes surfaces à faire. Du coup, trouver des manières de bouger le bras, comment tu vas rythmer ton dessin, etc. Chacun fait son traitement plastique comme il le souhaite.

Quand a commencé votre projet actuel, Projet Pilot 2 ?

En mars dernier. Et il y en a encore pour un an et demi. 2014. Après la dernière exposition qu’on a faite de Projet Pilot 1 (NDLR : en janvier dernier, à Metz), on a décidé d’en faire un deuxième. Cela s’est fait sur un coup de tête. On avait continué à faire nos projets chacun de notre côté depuis que le premier était terminé. Et en fait, cela nous manquait, un immense labeur à continuer. On s’est dits que c’était dans la durée que cela prenait du sens. Faire des séries.

Le principe de faire des mises en commun et travailler chacun de son côté sera le même ?

Oui, on fonctionne comme cela. Ensemble, on voit comment faire évoluer notre dessin, produire des effets. On se montre des techniques.

Dans votre première œuvre très riche visuellement, est-ce que vous avez pensé au regard du spectateur, à la façon dont il allait percevoir ce dessin ?

Pas forcément. Tu y penses un peu mais ce n’est pas ça qui motive. Oui, c’est toujours agréable de voir les gens scotcher dessus pendant des heures. Mais on est les premiers à en être obnubilés : le temps qu’on passe devant à le regarder et à dessiner… On est les premier spectateurs de notre œuvre.

Vous avez déjà présenté ce projet à Rennes, à Lip-Studio, l’un de vos partenaires, en décembre 2011. Pour Cultures Electroni[K], ce sera au Parlement de Bretagne. Est-ce qu’il va y avoir une autre mise en scène ?

Oui, ça va être différent. A Lip-Studio, les huit panneaux étaient posés sur la structure. D’ailleurs, c’est grâce à ce studio que le Projet Pilot a pu être mis en place et on leur en est très reconnaissants. Au Parlement, ce sera une cloison qui cassera l’espace du lieu. Le revêtement sera de la toile blanche.

Copyright Antoine Martinet

Copyright Antoine Martinet

Après le projet Pilot 1, puis le second actuel, peut-être un troisième ?

On est dans le présent, pour le moment. On en a pour jusqu’en 2014, on verra après si on en a envie, si cela a du sens à ce moment là d’en faire un.

Vernissage le mardi 9 octobre, à 19 heures, au Parlement de Bretagne. Ouvert à tous.

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