« Il faut déséquilibrer la démarche médiatique de diabolisation des musulmans »
En ce moment en France, l’islam et les musulmans sont les deux sujets les plus médiatisés. Les raisons ? Le film « Innocence of Muslims », l’innocence des musulmans en français, a beaucoup fait parler de lui et le canard Charlie Hebdo, connu pour sa plume cinglante, en a profité pour surfer sur la vague. Ses Une ont fait scandale.
C’est donc dans une ambiance morose que le centre culturel islamique du Blosne, situé dans le sud de Rennes, fait sa rentrée. Pour le plus ancien lieu de culte musulman de Rennes, que sa religion soit vue d’un mauvais œil, est un souci. Hassan Sardi, membre du bureau du centre, donne son avis sur ces récents évènements et rappelle les valeurs du centre, être proche des habitants et respecter l’autre.
Le centre culturel islamique du Blosne a été construit en 1972, soutenu financièrement par la ville de Rennes. Mais s’ils possèdent les murs du bâtiment, l’association des Musulmans de Villejean qui le gère, possède une « liberté de ton », explique Hassan Sardi, membre du bureau.
Ancrage dans le local
Situé dans un quartier résidentiel, le centre a pour principale mission, de répondre aux attentes des habitants. Pour cette rentrée, suite à leurs demandes, des cours d’initiation à la langue arabe sont proposés de façon bénévole aux enfants. Mais il n’y a pas que cela qui fait l’actualité au centre. Les élections du bureau de l’association, à la base prévues en juin, ont été reportées. Pour cause, ces élections, ouvertes à tous, ont été bouleversées par la candidature d’un groupe « pseudo-salafiste ». Cela a été jugé inacceptable : « c’est à cause de personnes comme euxqu’on [les musulmans] est mal vus. » Elles seront donc reconduites dans les prochains mois. Autre nouveauté : le changement de l’élue locale, très proche de l’association, Anne-Marie Chapdelaine. Elle a été promue députée à la première circonscription de Rennes. Avec Frédéric Bourcier, élu au Parti socialiste (PS) et elle, la discussion était possible, selon Hassan. L’arrivée d’une autre personne change la donne mais la volonté de créer du lien avec pour favoriser un échange, reste intacte.
Même si François Hollande, encarté Parti socialiste, a été élu président, pour Hassan, ce n’est pas lui à qui il faut aller revendiquer ses problèmes. Il ne fait pas changer les choses, à l’échelle locale. « C’est comme essayer de voir un acteur de cinéma, ils ne sont jamais là », dit-il, en souriant. Ainsi, il va frapper aux portes des élus locaux pour s’entretenir sur les problèmes rencontrés au centre culturel islamique. Actuellement, la population musulmane n’est pas forcément bien perçue autant sur le point de vue international que local.
« Déséquilibrer cette démarche [médiatique] de diabolisation des musulmans »
« Quand on me parle, on ne parle pas à un citoyen mais à un musulman, explique Hassan Sardi, on essaye de mettre les gens dans des cases prédéfinies ». La réputation des musulmans est souvent abîmée par des propos, gestes déplacés et de la désinformation médiatique. « Il faut déséquilibrer cette démarche [de diabolisation des musulmans par les médias] pour mener une action concrète et visible sur le terrain », résume-t-il, et cesser d’être perçus comme les vilains petits canards.
Le sujet sur Charlie Hebdo et ses Une récentes, est bien évidemment abordé. Son point de vue ? Le journal ne met que « de l’huile sur le feu », dit-il embarrassé. « Quand il s’agit de l’islam, on y va à fond mais quand on parle de l’événement du 11 septembre par exemple, cette liberté d’expression n’est pas possible. » Les images menaçantes de musulmans prises pendant les manifestations d’il y a quelques semaines, ont fait le tour des chaînes d’information françaises : « il ne faut pas rapporter les propos de plusieurs imbéciles musulmans à toute une population. »
Apprendre à être citoyen
Le centre culturel islamique « prend une position responsable, avec des droits et des devoirs », expose ce français, d’origine marocaine. Sans le vouloir, il fait un clin d’oeil aux couvertures du journal Charlie Hebdo qui a publié ce mercredi une couverture ‘Responsable’ et une autre ‘Irresponsable’ (voir ci-dessus). « On apprend à être citoyen français » au centre car cela fait défaut à beaucoup de musulmans en France, d’après lui. Mais qu’est-ce qu’être français ? « Manger du pain, du boursin et boire du vin ? », s’interroge Hassan Sardi, avec humour. Pour lui, la France, c’est un pays de multi confessions et laïc. « Il ne faut pas oublier que si la France n’était pas laïque, les musulmans ne pourraient pas être là. » Être citoyen, c’est « parler un langage qui correspond à chaque personne », celui de l’humain, continue Hassan et donc, avoir les même valeurs.
Avec le 11 septembre, la crise économique qui s’en est suivie, « les gens ont d’autres choses à penser » que la citoyenneté et le respect de l’autre. Cela se ressent. Dans le quartier du Blosne, les magasins autrefois « franchouillards » ont cédé leurs places aux kébabs. « Je comprends que les habitants peuvent ne plus se sentir chez eux », confesse Hassan. « Si le centre culturel ne prend pas conscience de tous ces problèmes [« racistes », comme il le définit], tout va revenir vers nous. (…) On dira que ce sera de notre faute. » Et l’objectif pour eux, est de faire cohabiter des personnes de toute croyance. Pour ce faire, le centre culturel islamique organise des débats tout au long de l’année, autour de la religion musulmane. Autre date à retenir : le 20 octobre auront lieu les portes ouvertes du centre du Blosne. Pour un peu plus s’informer sur le sujet.
Merci à Benjamin Boré pour le dessin qui illustre cet article ! Retrouvez le sur Facebook – Twitter.
Relire le Focus sur un blog Rennais qui lui est consacré : ici.