Précarité étudiante : témoignage de Juliette, 20 ans, boursière échelon 6

Le 25 septembre 2012 par Manon

Les cours ont repris dans toutes les universités françaises. A l’université Haute Bretagne, communément appelée « Rennes 2 », les étudiants sont revenus sur les bancs de la fac, le 17 septembre dernier. Et l’Union nationale des étudiants de France (Unef), syndicat étudiant majoritaire à l’université, commence dès ce mois-ci, à revendiquer les droits estudiantins auprès du gouvernement nouvellement formé par François Hollande.

Juliette, Rennaise d’adoption, vingt ans et étudiante en troisième année d’information-communication à Rennes 2, a souhaité donner un autre son de cloche sur la situation précaire des étudiants. Boursière échelon 6, cumularde de plusieurs petits boulots, non syndiquée revendiquée, elle a la volonté de se débrouiller seule et s’en sort plutôt bien. Témoignage.

 

Couleur vert pomme, l’immeuble construit par le Crous Bretagne près d’un restaurant fast-food et à cinq minutes à pied de l’université, attire le regard. C’est dans son studio universitaire, très cosy, que je rejoins Juliette, jeune femme brune aux traits doux et rassurants. Dans ce nouvel immeuble du Crous, « tout le monde est boursier », explique-elle. Ce sont principalement des « personnes qui sont vraiment en situation financière et sociale difficile ».

La vie étudiante, « c’est le début de la vie de « grand »Â Â»

L’étudiante en information-communication est cette année confrontée au mystère de l’administration : « Pour avoir les bourses, on te demande les feuilles d’imposition d’il y a deux ans. (…) En juin dernier, j’ai envoyé tous les papiers au Crous et ils m’ont demandé de, soit refaire une déclaration d’impôts, soit faire une mise à jour auprès des impôts, car il n’y avait pas mon nom sur les feuilles. Il manquait toujours un papier, il fallait toujours plus, etc. Là, j’attends toujours la nouvelle feuille à jour pour pouvoir percevoir mes bourses, pour cette année. » Son « cas »Â est passé en commission et Juliette peut garder son appartement, avec de la « chance ». En effet, si la jeune femme avait été catégorisée comme non boursière, elle aurait dû quitter cet appartement qu’elle a depuis un an. En général, Juliette affronte les méandres des services administratifs, non sans mal mais avec satisfaction à la clef : « il faut faire la paperasse, entre la Caf, les impôts, le Crous, le logement, l’administration, etc., c’est très contraignant.Il faut penser à tout en même temps, être bien organisé, noter ses identifiants et mots de passe. Après, c’est le début de la vie de grand. »

490€ d’aides financières, 140€ de loyer et cumul de petits boulots

Et sans bourse, cela serait la panique : « j’ai toujours été boursière dans ma scolarité, depuis le collège. J’étais la personne la « plus boursière » dans tous les établissements où j’ai été, en général. Je me débrouille comme cela, avec 460€ par mois (pour un échelon 6, NDLR) et les transports gratuits à Rennes. Je perçois aussi 130€ de la Caf (Caisse d’allocations familiales, NDLR). Au final, mon loyer me revient à 140€, pour un 22 mètres carré. J’arrive à me débrouiller avec cet argent-là car je ne suis pas une grande dépensière. Quand je suis arrivée en première année à l’université, je ne m’étais jamais retrouvé avec autant de sous de ma vie ! Je n’ai jamais été dans le besoin mais là, je pouvais me faire plaisir et mettre de côté. Par exemple, je me suis acheté un ordinateur portable. Et quand une robe me plaît et coûte cher, j’économise. Si elle me plaît maintenant, elle me plaira dans trois mois. »

En ce qui concerne les jobs étudiants, Juliette en a essayé plusieurs. Elle arrive à cumuler grâce à l’emploi du temps peu chargé de sa filière : « Je fais du ménage, 2 heures par semaine, et régulièrement du baby-sitting, dès que j’en ai l’occasion. J’ai travaillé à la LMDE, l’année dernière, à la rentrée. En ce moment, je fais du secrétariat, passe des coups de fil pour mon maître de stage. En échange, il me paye l’équivalent du SMIC. L’été, j’essaye de bosser au maximum. L’été dernier, j’ai effectué un stage de trois mois dans une radio toulousaine, Radio Radio, dans le cadre de mes études car je souhaite devenir journaliste. » Mais elle concède : « Quand on cumule un travail à temps partiel et ses études, ce n’est juste pas possible. Tu te disperses si tu as un autre travail, c’est difficile de concilier les deux. Personnellement, ça allait car mes jobs ne prenaient pas beaucoup d’heures. »

Et Juliette continue : « Je suis dans une situation dite précaire parce que je suis sur l’échelon le plus haut et que je m’en sors avec peu de choses. Mais je trouve les bons plans aussi. Je m’y suis prise tôt pour avoir cet appartement, à un prix moins cher, et bien placé. Je fais beaucoup de récup’, je vais souvent à Emmaüs pour les vêtements et le mobilier. »

« Me syndiquer ne m’intéresse pas »

L’Unef est un syndicat estampillé à gauche qui défend les droits des étudiants, notamment salariés et en difficulté financière. Ce dernier parlemente, actuellement, avec le gouvernement de François Hollande pour qu’il tienne ses engagements, notamment celui-ci : « Je créerai une allocation d’études ». En ce qui concerne l’Unef, Juliette est franche : « Cela ne m’intéresse pas, c’est très politique et je n’ai pas envie de m’investir politiquement. En soi, je ne suis pas sûre que cela change grand chose, et je n’ai pas envie de dépenser de l’énergie là-dedans. Je sais que c’est égoïste de dire ça. Après, s’il y a une manifestation qui me tient à cÅ“ur, j’y vais. Ou je signe des pétitions. L’Unef a un discours extrémiste de gauche, c’est trop tranché pour moi. D’un côté comme de l’autre, d’ailleurs. Tout n’est pas bon à prendre, dans leurs propos. »

Pas à fond dans la politique, en tout cas, Juliette a tout de même des idées affiliées de gauche. Elle a voté François Hollande, le 6 mai dernier. A noter que l’actuel Président de la République a misé toute sa campagne sur les jeunes. « Cela a été un grand soulagement pour moi et je pense que je n’ai pas été la seule à ressentir la même chose, dit-elle. Je n’attendais rien de particulier de sa part, je n’avais juste plus envie que ce soit Sarkozy au pouvoir. Tout le monde reproche à Hollande de ne pas tenir ses promesses (Les inRocKuptibles a qualifié sa baisse dans les sondages d’opinion d’ « historique », NDLR) mais cela ne fait pas longtemps qu’il est là. Il a quatre ans encore, j’espère plus. Du moins, dans la même veine politique. Tout le monde est en difficulté en ce moment, tout part de travers, ce n’est pas un super héros non plus (sourire). Il ne peut pas être sur tous les fronts en même temps, j’espère juste qu’il va tenir les promesses les plus importantes qu’il a pu dire dans sa campagne, que ce soit autant sur le côté éducatif que sur le reste. »

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