Les Ephémères : Alors, la terre trembla

Le 14 septembre 2012 par Manon

Ce n’est pas la musique classique dont on se souvient le plus quand on aborde la scène musicale rennaise. Mais depuis trois ans, les Ephémères, festival de musique baroque et d’arts vivants, s’implante de plus en plus sur le territoire breton. Depuis l’année dernière (voir article), il a triplé son nombre de concerts et montre une programmation ambitieuse en revisitant les Classiques, bien connu de tous -Pétrarque et Bach, entre autres-.  

Clemens Goldberg, compositeur allemand et innovateur dans la performance musicale, a interprété à sa façon la messe, Et ecce terrae motus, écrite par Antoine Brumel, chanteur religieux français du 16ème siècle. L’ensemble Musica Universalis a chanté pour la première fois en France, cette messe déroutante et sublime à l’église Notre-Dame, ce mercredi. Fort de son succès en Allemagne et en Belgique, ce spectacle a été accueilli par un public Rennais peu nombreux mais de manière très élogieuse.

Clemens Goldberg, installé dans la pénombre, au fond de l’église Notre-Dame, explique sa démarche : celle de mener une réflexion à la foi partir de la messe intitulée Alors, la terre trembla de Brumel. Goldberg y mêle performance musicale, faire chanter 12 personnes en canon, et sonore. Il joue avec les échos des voix a cappella et en diminue ou en augmente l’effet avec l’architecture de l’église. Entre chaque partie (Kyrie, Gloria, Credo, Agnus dei), le compositeur allemand lit extraits du Nouveau Testament, lettres de Voltaire et témoignage d’une rescapée du drame de Fukushima, raz-de-marée qui a eu lieu en mars 2011. 

La réflexion religieuse en trop

Les douze chanteurs, trois sopranos, six ténors et trois basses qui forment l’ensemble Musica Universalis, ont transformé cette messe voulue mystique en une heure et quart de mélodies envoûtantes, qui donnent la chair de poule. Car même si Goldberg a souhaité aux spectateurs « une bonne réflexion » à la fin de son discours au début du concert, elle n’a, pour ma part, pas vraiment été au rendez-vous. La présentation du spectacle explique que « cette performance ramène aux questions de la société de consommation d’aujourd’hui, notamment la randomisation et la dépendance à l’hédonisme. » (NDLR : courant philosophique, qui se concentre principalement sur la recherche du plaisir et qui seraient l’  « objectif de l’existence humaine » (source : Wikipédia).) 

On essaye de comprendre où le compositeur veut en venir. On se rappelle de nos cours de philosophie et de français, des lettres échangées entre Voltaire et Rousseau lors du tremblement de terre de Lisbonne, en 1755. « (…) convenez, par exemple, que la nature n’avait point rassemblé là vingt mille maisons de six à sept étages, et que si les habitants de cette grande ville eussent été dispersés plus également et plus légèrement logés, le dégât eût été beaucoup moindre et peut-être nul, » écrit Jean-Jacques Rousseau. Toute une théorie sur la Providence et sur le Bonheur est alors démontrée dans leur dialogue épistolaire. Clemens Goldberg a voulu étaler cette réflexion, de la fête de Pâques lors de la résurrection de Jésus Christ jusqu’à de nos jours -chose que n’a pas pu faire Antoine Brumel, auteur de cette messe car il a vécu au 16ème siècle-. Mais l’intérêt de mener une démarche religieuse était, d’après moi, minime.  

Crescendo de voix et de sensations 

Mais ne fustigeons pas ce spectacle un soupçon trop croyant car cela marche très bien en Belgique et en Allemagne, entre autres. Il a été remarquable de beauté. Les chants latins ont permis une meilleure appréhension des mélodies et de la performance musicale voulue par Goldberg. Au début du spectacle, ils arrivent tour à tour vêtus de noir et se placent à différents endroits de l’église gothique. Chacun leur tour, ils répètent la même phrase et se donnent la parole, au sens littéral du terme. Leurs voix retentissent dans les entrailles du lieu de culte. Des mots lancés au hasard résonnent et sonnent. Le spectacle va crescendo. 

Les chanteurs se déplacent, sont face à face puis en rond, pour resserrer l’intimité musicale. Puis seuls les basses et les ténors murmurent. Quand les sopranos s’y mêlent, la puissance de leurs voix est prenante. La messe Alors, la terre trembla alterne entre moments calmes et moments énergiques. Les spectateurs restent en haleine. Le meilleur pour la fin comme le dit l’adage, les douze voix ensemble, chanteurs en cercle tournés vers le public, ont fait trembler l’église Notre-Dame jusqu’à la dernière seconde. Puis le silence. Comme à la fin d’un orage, où il faut attendre encore quelques instants pour que la chaleur humaine reprenne vie. 


 

 

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