Les Ephémères : L’Aura Mia Sacra
Ce n’est pas la musique classique dont on se souvient le plus quand on aborde la scène musicale rennaise. Mais depuis trois ans, les Ephémères, festival de musique baroque et d’arts vivants, s’implante de plus en plus sur le territoire breton. Depuis l’année dernière (voir article), il a triplé son nombre de concerts et montre une programmation ambitieuse en revisitant les Classiques, bien connu de tous -Pétrarque et Bach, entre autres-.
Ce jeudi, l’ensemble La Main Harmonique a inauguré la première soirée du festival avec l’oeuvre L’Aura Mia Sacra. Ambiance intimiste dans l’Eglise Notre-Dame, les Ephémères a commencé le festival devant une faible audience mais déjà conquise.
Une petite scène est installée au centre de l’Eglise, rue saint Melaine. Au devant de la scène, une dizaine de bougies éclaire l’abbaye et les visages du public. Les personnes sont majoritairement jeunes, loin des clichés qui désignent cette musique comme élitiste. Trois violes de gambe sont posées. Alexandros Markeas, compositeur de musique contemporaine, arrive, accompagné de Frédéric Bétous, directeur de l’ensemble La Main Harmonique. Il explique le thème de sa pièce : Pétrarque et sa fascination pour Laure de Noves, jeune fille rencontrée à la messe. Le poète italien aura passé sa vie à écrire en l’honneur de cette femme, avant et après la mort de celle-ci.
Le Canzionere, l’idée de départ
Fasciné et fascinant, Pétrarque a inspiré et inspire encore les « poètes, artistes et créateurs », rappelle Frédéric Bétous. A l’époque, Adrian Willaert et Cipriano de Rore, poètes flamands du 16ème siècle, exilés en Italie, ont été très influencés par son oeuvre. Le directeur de l’ensemble a choisi d’interpréter et de réadapter les textes de ces deux écrivains, pour en faire des madrigaux à trois violes et sept chanteurs. De son côté, Alexandros Markeas, sollicité par Bétous pour faire une création à partir de Pétrarque, s’est plutôt référé à Louis Aragon et son recueil They said Laura was somebody ELSE. Ce mélange de références littéraires et d’inspirations différentes en font un spectacle déroutant et beau, même s’il y a par moments des longueurs.
Ambiance sur le fil
L’Aura Mia Sacra, dirigée par l’ensemble La Main Harmonique, comprend dix mélodies, séparées en deux parties In Vita et In Morte. Clin d’oeil au poète. Le compositeur d’origine grecque fait « chanter la langue », avec des textes écrits en français. La pièce envoûte, surprend voire fait froid dans le dos. Les thèmes abordés y sont largement pour quelque chose. L’amour, la mort et l’inquiétude sont prédominants. Le petit plus : les paroles projetées sur l’une des colonnes de l’église abbatiale pour faciliter la compréhension du public. Car comme a expliqué Alexandros Markeas, « à l’époque, tout le monde connaissait les paroles des chansons ». Le compositeur devait se concentrer plus particulièrement sur la mélodie.
Pari réussi pour les deux hommes. Les chants ont été poignants et les violes y ont apporté une atmosphère toute particulière, entre la joie et la souffrance. Sur le fil. Les Rennais ont été, en tout cas, très enthousiastes. La Main Harmonique a été rappelée pour un rappel. Hier soir, la force de la musique classique a opéré.