Chronique littéraire #6 : Les pieds nus de Zadkine

Le 31 août 2012 par Manon

Rien de mieux pour la rentrée qu’un bon bouquin ! Le blog lavierennaise reprend ses chroniques littéraires, en partenariat avec les Editions de la Rue Nantaise mais pas seulement. Si vous souhaitez  une critique de votre livre et que vous êtes originaire de la région rennaise, vous pouvez me contacter via le formulaire Contact du site.


Avec son deuxième livre Les pieds nus de Zadkine, paru en mars 2012 aux éditions rennaises La Part Commune, Gaëtan Lecoq reprend les même ingrédients qu’avec Les Guetteurs de l’Aube (voir article) : mélange de fiction et de réalité et Seconde Guerre Mondiale. Même si les deux sont différents autant sur le fond que sur la forme, il en résulte un très bon bouquin, à dévorer en deux bouchées. 

Le bouquin laisse perplexe, dès le départ. L’auteur a fait le pari osé de s’adresser au lecteur, tout au long de ces 250 pages, à la deuxième personne du singulier, « tu ». Une formule plus familière, qui accroche de suite mais peut sembler lourde à la longue. Étonnamment, ici, la pesanteur de cette tournure ne se ressent pas. Seconde chose : cette façon d’écrire ne donne aucun élément sur l’apparence physique du personnage principal, un peu à la façon des Livres dont je suis le héros. En manque de repères descriptifs, on se laisse guider par l’auteur. Mais au fur et à mesure, les indices se multiplient : le personnage principal « tu » est un garçon d’une dizaine d’années, orphelin, recueilli par sa tante dans une ferme avec ses frères et attiré par la nature et le silence. Un jour, il rencontre un homme de grande taille, à l’accent qui roule les r et sculpteur. L’histoire commence.

Les cent premières pages plongent le liseur dans un univers onirique et très sensuel -littéralement parlant-. Impliqué directement, il sent lui aussi, comme le ressent garçon surnommé Pinson, l’odeur de la forêt, des feuilles qui dansent lors d’une bourrasque de vent et du mouvement net et précis quand sculpte « celui qui roule les r » appelé Zadkine. Puisque Pinson, c’est le lecteur et vice versa. A la manière d’un observateur, Gaëtan Lecoq invite, le temps d’un livre, à se glisser dans la peau de quelqu’un d’autre. A vivre ses émotions. Colère, peur, joie, etc.

Au fur et à mesure, le contexte est établi et cette aventure qui a commencé comme dans un rêve, contient des contours plus nets, précis. Distinguer qui est cet Ossip Zadkine et sa femme Valentine est chose plus aisée. Tout se situe entre les années 20 et les années 70, avec une large partie sur la Seconde Guerre Mondiale. Cette partie, d’ailleurs, pose le réalisme de l’histoire, délaissé au départ. L’auteur joue entre la fiction et la réalité. On se doute que tout ne s’est pas passé. On en approche de la vérité, on hésite. On est comme sur un fil, on ne sait pas trop où s’arrête la limite entre les deux. Jusqu’à la fin, on reste en haleine.

N’oublions pas le plus important : Ossip Zadkine, sculpteur français. Le plus important oui car tout tourne autour de lui. Sa vie, Valentine, ses tourments, sa fuite lors de l’Occupation, ses doutes sur l’Art de la Sculpture et Paris, à la fin de ses jours. Le lecteur saît tout et réussit à ne pas en perdre une miette grâce à des anecdotes, l’écriture très visuelle de Lecoq (une chance pour les personnes qui retiennent visuellement, dont je fais partie). Pendant ces pages, lues en quelques jours, on se promène, on divague aussi un peu, dans la vie de cet homme passionné par son environnement et ce qui peut s’en dégager. Les pieds nus de Zadkine, c’est l’histoire d’une rencontre. Mais pas celle entre Pinson et l’artiste. C’est l’histoire d’une belle rencontre entre le lecteur et l’artiste.

« Ossip Zadkine s’est éteint le 25 novembre 1967, à Paris. Il est enterré au cimetière de Montparnasse. Valentine Prax, son épouse, est décédée le 15 avril 1981, à Paris. Conformément à leurs souhaits, leurs deux maisons sont devenues des musées : L’une au 100 bis, rue d’Assas, à Paris et l’autre, dans le village des Arques, dans le Lot. (…) Nulle part dans les mémoires d’Ossip Zadkine ou de Valentine Prax, ni dans les livres de référence, il n’est question d’un quelconque Pinson… » (page 245)

1 Commentaire + Ajouter un Commentaire

  • gaetan

    merci Manon et bien vu. Il y a dans ton commentaire des idées que je n’avais même pas envisagées à l’écriture… analyse très intéressante.
    Gaetan L.

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