Chronique littéraire #4 : Le Code

Le 18 juillet 2012 par Manon

En 1927, Julien Benda, intellectuel français, a écrit La trahison des Clercs, ouvrage qui reprochait à ses confrères d’être trop subjectif, de supporter leurs causes personnelles et non celles de l’intérêt collectif. Quel rapport avec l’ouvrage, Le Code, signé Wilfried Salomé, sorti en juin 2012 aux Editions de la Rue Nantaise que je viens de lire ? Ils défendent tout deux la même valeur, celles de la liberté intellectuelle.  Et c’est un parallèle que j’ai trouvé assez présent entre ce livre et certains intellectuels d’après-guerre. Engagés, révoltés.

Avec Le Code, livre petit-format, on n’aura aucune illumination soudaine « Ah mais c’est bien sûr… ! ». Pas du tout. Non, ce n’est pas Le Code de la Vie. C’est plutôt le Code de Vie. Cet essai fait rire, réfléchir et donne encore à croire dans le genre Humain. Et oui, cette espèce humaniste est encore là, il y a des récidivistes. Wilfried Salomé en est la preuve vivante.

 

Mais Le Code de quoi alors ? « Pour aller mieux », ai-je répondu à ma grand-mère avant qu’elle me dise « C’est vrai ? Mais attends, j’en ai plein des livres comme cela… ». Et elle me tend des livres s’intitulant « La quête spirituelle », « La recherche de soi » et compagnie. Non, pas vraiment. Reprenons. La citation d’Antonin Artaud, au début du ledit livre parle d’elle même : « C’est maintenant qu’il faut reprendre vie. »

Un véritable bol d’air. Cet écrit mêle ironie, auto-dérision de l’auteur -car c’est lui qui fait part de son point de vue pendant 132 pages-, psychologie, sociologie et exemples quotidiens. Que des disciplines qui font, pour un certain nombre, hérisser le poil. Globalement, si on n’a pas quelques notions Bourdieusiennes (La Domination Masculine, Bourdieu) et psychologiques (David Cooper), on en sort un peu perdus. Le neurone pédale. Mais Wilfried Salomé examine des aspects très intéressants et qui prêtent à débat : une actuelle crise de civilisation, l’hétérosexualité moderne comme « névrose forcée », le côté androgyne humain et la réflexion personnelle.

Le livre s’entre-coupe en deux grandes parties Le sexe moins le pouvoir et Le Code -Pense Par Toi-Même Conteste l’Autorité- avec des sujets variés comme l’Amour avec un grand A, le « système » du XXIème siècle, de la coupe de cheveux de Justin Bieber, de la reproduction sociale, etc. C’est vrai. Dit comme cela, on peut penser : « T’es paranoïaque, mon pauvre. On est très biens comme cela. Regarde tous ces progrès réalisés grâce à l’Humain, celui que tu pointes du doigt. Contente-toi de cela et fais des livres comme Marc Lévy. » Or c’est là que je trouve ce livre et la démarche de ce marseillais d’adoption louable. Elle ressemble furieusement à celles des années 40-50, en France. Le pouvoir de dire les choses, peser les mots et tirer là où ça fait mal. Jean-Paul Sartre a beau être très mal traité de nos jours par l’intellect’ français, ses propos, personne ne les a oubliés. Salomé reprend d’ailleurs dans la même vaine, page 99 : « Nous avons peur de la Liberté. Liberté d’imaginer, de penser, d’agir, et de créer du renouvellement ».

Une critique qui a du contenu -car Wilfried Salomé s’est beaucoup documenté sur l’antipsychiatrie anglaise, diplômé de Lettres, étudié la psychanalyse en autodidacte- même si on peut la trouver un poil pessimiste, défaitiste comme dans cet ouvrage, est toujours bonne à prendre. Le Code de Wilfried Salomé est alors à accueillir à bras ouverts. Enfin un écrivain qui se mouille le maillot, qui dit ce que beaucoup d’entre nous savent déjà. Au moins c’est écrit noir sur blanc.

Ce qu’il manque le plus à la civilisation occidentale, c’est l’Espoir. Pourquoi espérer dans un monde grisâtre où les nouvelles seront forcément mauvaises ? Je ne dis pas qu’après la lecture de ce livre, votre vie sera comme la publicité pour Danao mais il prête à réflexion et en donne, au moins, de l’Espoir. Une réflexion solitaire et personnelle. Ça sert toujours de se remuer le neurone des fois. Prendre conscience sans être fataliste. A plusieurs attention, cela va forcément partir en discussions de comptoir. « Toute façon tu crois qu’on est foutus à la naissance, prédestinés par son origine familiale et sociale. » Etc. Le mauvais plan, surtout avec quelques verres au compteur. Mais là n’est pas le sujet.

Ainsi termine le Code : « (…) Réveillons-nous. Levez-vous, levez-vous, tout le monde est debout. On est déjà demain. » Ce n’est pas le manuel pour réussir dans la vie, pour être beau et avoir les dents blanches ni d’ailleurs pour être heureux. C’est un essai avec ses défauts et ses qualités. Manque de vulgarisation du vocabulaire psychologique, redondant par moments mais aussi beaucoup d’humour, justesse de ton, bonne écriture et philosophie humaniste et revendiquée.

A conseiller à qui ? Pas besoin de m’en charger, Wilfried Salomé le fait de lui-même : « Lecteur lectrice ou autre, lis-moi sur la plage le quinze août si tu es obligé de t’y faire bronzer car tu ne veux pas perdre ton(ta) petit(e) ami(e) à force de passer pour asocial en refusant invariablement dans une moue de dégoût les sorties proposées. Ou au réveil sur les chiottes après une sévère et si passer de la musique ne te tente guère. Je guéris aussi de la chiasse. Oui c’est bien à toi que je m’adresse. » (page 16)

« Alors coûte que coûte : j’avance vers demain. » (page 11)

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