Témoignage : Demandeur d’asile iranien

Le 12 mai 2012 par Manon

Copyright Rebecca Rouge

En 2009, Mahmoud Ahmadinejad est « réélu » Président de la République iranienne. Le « mouvement vert », mouvement révolutionnaire contre le gouvernement en place, prend forme en 2010. La répression est forte. Arash Azizi est venu en France, à Rennes, pour fuir ce régime. Il est ce qu’on appelle un « demandeur d’asile politique ».

L’immigration est un sujet d’actualité en France. Pour aider à mieux cerner le problème iranien et à combattre les préjugés qu’on se fait facilement des étrangers, Arash me livre aujourd’hui son témoignage touchant, sans aucun pathos. Récit.

 

 

Au début de notre entrevue, Arash Azizi me confie avoir une « famille exceptionnelle ». C’est la chose sur laquelle il souhaite insister. Elle a une vision très moderne de l’Iran et a permis à ses enfants de s’ouvrir sur le Monde. Arash a lu Nietzsche, Jean-Paul Sartre ou encore Voltaire. Cette culture philosophique occidentale lui a permis de s’intéresser de près aux Droits de l’Homme. « Il faut différencier le gouvernement iranien et le peuple iranien » dit-il. La théocratie règne en reine. Mais ce n’est pas pour autant que les iraniens subissent un bourrage de crâne et se laissent faire.

Répression et désobéissance hiérarchique

Arash, originaire de Qazvin, est un jeune homme iranien d’une trentaine d’années qui a fait des études de police. En Iran, quel que soit le métier souhaité, les études se font à l’Université. Son métier de policier, il le trouvait intéressant. Il s’occupait principalement des contrôles de trafics à la frontière. Après la réélection du système en place, le régime de Mahmouh Ahmadinejad, la répression se fait de plus en plus violente dès qu’une manifestation éclate. En 2010, ces mouvements prennent de l’ampleur. Beaucoup de forces de police ont été réquisitionnées pour intervenir massivement dans des régions dites « sensibles ».

Alors qu’il faisait des contrôles à la frontière pour des trafics de stupéfiants, Arash et toute son équipe se retrouvent envoyés dans la région de l’Ouest, le Kurdistan. Cette région est très mal vue par le régime. L’ethnie kurde subit un lynchage très important en temps normal car elle est, depuis toujours, fortement opposée au régime. En mai 2010, Arash et quelques collègues ont pour ordre de réduire à néant une grève kurde. Leur mission est d’arrêter tout opposant au régime pour ensuite les faire emprisonner. La suite, tout le monde la connaît, les Kurdes sont pendus.

Contraire à ses aspirations, Arash refuse d’obéir. A cause de cet acte, il est emprisonné deux jours. Son supérieur le convoque dans son bureau, par la suite. Son chef lui dit « Arash, si je te laisse continuer ce que tu fais, cela deviendra une maladie contagieuse et plus personne n’obéira aux ordres. » Le jeune homme ne se démonte pas et souhaite démissionner de son travail, pourtant travail qu’il aimait. Le chef lui parle toujours de « maladie contagieuse » qui risque d’engendrer des démissions en masse.

Vivre caché dans la peur d’être retrouvé

Arash déserte son poste et va se réfugier à Bavers, ville où sa mère a loué un appartement pour qu’il s’y réfugie. Sa famille le soutient. En Iran, les femmes gardent leur nom de jeune fille même après le mariage. Si Arash est recherché, la police ne peut le retrouver. Cela fait trois, quatre mois qu’Arash vit caché dans cette ville. Il garde contact avec sa famille et ses collègues. Un jour, ses collègues l’avertissent. Un avis de recherche pour le retrouver est affiché un peu partout. La police est décidée à le retrouver coûte que coûte. Elle a recherché Arash chez sa famille, à Qazvin. Mais ils n’y trouvèrent personne. Ainsi, pour Arash, il faut vite réagir. S’il se fait prendre, il ira en prison pour avoir commis des « crimes ». Ses principaux chefs d’accusation sont désertion de son poste et désobéissance aux ordres des supérieurs hiérarchiques.

Arash décide de quitter l’Iran car il n’y a plus « aucun chemin possible ».  Il laisse sa famille, sa femme et son enfant en bas âge sur place. Il n’a plus d’autre choix. Il contacte un de ses amis kurdes pour savoir s’il peut passer la frontière facilement. Pour des raisons de « sécurité », il ne dit pas que c’est lui qui part.

Son voyage tumultueux

Il doit passer la frontière et se rendre en Turquie, pour avoir un VISA. Il y a deux ans, il part avec une cinquantaine de personnes à pieds dans les montagnes. C’est l’Hiver, le temps est glacial. Ce périple leur prend quelques jours. Une fois la frontière franchie, il se rend jusqu’en voiture à Istanbul, capitale turque.

Copyright Rebecca Rouge

Arrivé là-bas, il va jusqu’à Nice caché dans un camion. Cela dure cinq jours. A la préfecture, on l’oriente vers l’ « Accueil de nuit », endroit où tous les étrangers dorment dans l’attente de trouver un autre logement et qu’on régularise leurs papiers. Il reste six mois dans le Sud de la France et rencontre Jamilah, jeune femme libyenne. Il la suit à Rennes, endroit qui accueille mieux les étrangers, d’après elle. Dans le Sud de la France, c’est l’Histoire qui veut cela aussi, les étrangers ne sont pas les bienvenus.

Arash Azizi est depuis neuf mois, à Rennes. Ici, il trouve qu’il est beaucoup plus aidé par la Ville dans ses démarches. Il a une maison pour deux ans grâce au CADA (Centre d’Aide aux Demandeurs d’Asile). Malgré cela, il se sent seul. Il ne fait rien de ses journées. Il ne peut pas travailler hormis « le travail dont les français ne veulent pas », une chose qu’il trouve discriminatoire. Alors, il apprend le français. Il erre sur Internet. L’intégration est difficile. Il reste avec sa future femme, Jamilah. Il ne connaît pas grand monde. On croit souvent qu’il est « arabe », dans le sens péjoratif du terme. Qu’il vient pour « prendre les emplois des français ». « Les crises économiques, c’est à cause de moi », plaisante-t-il.

« Je suis un étranger en France et dans mon pays »

« J’avais une famille, j’avais un emploi, j’avais tout là-bas », avait-t-il dit lors de la journée de soutien à Mahnaz Mohammadi. En effet, il trouve que sa lutte pour les Droits de l’Homme dans son pays est vaine. Il regrette d’être parti. Pour lui, partir n’est pas la solution, c’est plutôt fuir les problèmes. Pour autant s’il était resté, il serait emprisonné. « Je vis avec mon souvenir en Iran », dit-il, nostalgique. Il  pense que son pays réussira dans une dizaine d’années à se détacher de la théocratie, cette « monarchie religieuse », très dangereuse, d’après lui. D’ailleurs, Daryush Shayegan, écrivain et philosophe iranien, disait à François Busnel, hier dans le Grand Entretien sur France Inter, que « pour sauver l’Islam, il [fallait] l’évacuer de l’espace public ».

En ce moment, si on le lui permettait, Arash aimerait pouvoir continuer à étudier, en France, la sociologie, domaine dans lequel il a été diplômé en Iran. Mais, surtout, il donnerait tout ce qu’il a en France pour pouvoir aller voir sa famille et son enfant, à Qazvin, en Iran. Le problème, c’est qu’il ne se sent chez lui nulle part. Il est un étranger dans son pays et en France. Pour quelqu’un d’émotionnel comme Arash, la solution d’immigrer n’a pas été la bonne. Mais quelle est-elle dans une situation pareille ?

Ce qui fait vivre Arash, en ce moment, c’est l’Espoir. Pour son pays. Et de revenir un jour chez lui, parmi les siens.

 

Je souhaite remercier Rebecca Rouge très sincèrement !

1 Commentaire + Ajouter un Commentaire

  • mailys

    j’ai rencontré cette personne lors de mon enquête de terrain (mémoire), il est extraordinaire. Il m’a donné une vrai leçon de vie. Quel courage!!!

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