Critique littéraire : Straed Naonediz
Ca y est, c’est officiel ! Le blog lavierennaise collabore avec les éditions Rue Nantaise, rennaises bien évidemment, pour écrire des critiques littéraires sur leurs livres. Ma première chronique n’est pas anodine. Le livre Straed Naonediz traite de la Rue Nantaise, rue où j’habite depuis juillet dernier. Et c’est une façon pour moi et pour vous lecteurs de découvrir d’une autre façon la ville de Rennes, par le biais de la littérature. Ce blog a pour vocation, ou du moins essaye, de vous faire découvrir cette ville sous d’autres angles et de vous faire vous y intéresser.
Ecrit en 2008 par Cyrille Cléran, écrivain licencié de philosophie et passionné d’Histoire(s) et de littérature, le livre Straed Naonediz – Histoires de la rue Nantaise, est toujours d’actualité. Le titre révèle déjà le principal fil conducteur du bouquin (un peu d’argot, vous me permettez ?), la rue Nantaise décrite du Moyen-Âge jusqu’à de nos jours. Le titre, Straed Naonediz, signifie rue nantaise en breton. Cette identité bretonne, on la retrouve à la fin du bouquin lorsque Cyrille rencontre l’Ofis (Service de l’Office de la Langue Bretonne) au n°10 de la rue.
Ce « reportage historico-journalistique » écrit-il dans le livre, est un travail de plusieurs années où l’écrivain s’est documenté et a rencontré six enseignes de la rue. Cela va de restaurants très connus comme l’Atelier des Gourmets et la cave de Frank Pinard aux magasins plus discrets comme le cabinet d’une podologue ou la friperie Toto Tissus.
Les vingt premières pages du livre sont consacrées à un historique complet et détaillé de l’Histoire de Rennes en elle-même. De Condate à Roazhon, de la réunification de la Bretagne en 1532 au grand incendie de 1720, Cyrille Cléran vulgarise très bien l’Histoire de sa ville. Mais peut-être se perd-il un peu trop, peut-être aurait-il fallu aller droit au but pour permettre au lecteur de ne pas s’emmêler les pinceaux et de se dire « Je lis bien un livre sur la rue Nantaise, là ? ». On ne lui en veut pas trop quand même, il le dit lui-même, page 21, « (…) si toutes ces énumérations chronologiques se montrent à la longue fastidieuse, elles sont néanmoins indispensables pour capter ce fait : Rennes alias Condate alias Roazhon ne s’est pas faite en un jour ! La ville est « habitée » par tous ces moments du passé. »
Soit. Alors, c’est parti pour l’Histoire de la rue Nantaise et un peu plus haut. La porte Mordelaise et la place des Lices sont aussi comprises. Avec ce côté très historique qui peut paraître ennuyant pour certains, le livre est ponctué de six rencontres et donc de six « chapitres », si on peut appeler cela comme ça, différents. Cela rythme la lecture et donne envie d’en savoir plus à chaque page. Ces rencontres sont des interviews intelligemment préparées par Cyrille Cléran avec humour et finesse. Il maîtrise parfaitement la langue française et en joue avec des jeux de mots qui font sourire. Par exemple, il pose la question « Peut-on parler dans votre secteur d’une concurrence d’arrache-pied ? » à la podologue Valérie Léon-Cochard et formule des questions à quatre réponses, façon code de conduite, lorsqu’il interviewe Madame Relou, gérante de l’auto-école Relou. Dans les chapitres suivants les différentes rencontres, Cyrille Cléran détaille l’historique de chaque ainsi que les problèmes auxquels les magasins de proximité de cette rue sont confrontés. En somme, des histoires dans l’Histoire (de la rue Nantaise).
Les cent trente-deux pages de ce livre, imprimé en grand format, se lisent très rapidement, voire trop rapidement. L’avantage d’un livre comme celui-ci, c’est qu’on peut lire une interview un jour, l’Histoire de Rennes, un autre. Le livre n’oblige pas une lecture linéaire et peut être feuilleté et refeuilleté encore et encore pour chercher des informations et les annoter sur une feuille de papier.
En une centaine de pages, on y découvre les métiers de la sommellerie, un peu d’œnologie avec Frank Pinard, la passion du restaurateur André Loyer de l’Atelier des Gourmets ou encore la confection de tissus chez Nath & co. Petit briefing historique et économique lorsque l’écrivain parle de la situation précaire de magasins comme Toto et tissus.
Entretiens intéressants et en tant que « journalistoécrivain », Cyrille Cléran a, lui, tout compris au métier de reporter d’investigation. Documentation fouillée, prendre le temps d’écouter les personnes auxquelles il s’adresse et faire des exposés clairs, détaillés et objectifs. Enfin objectifs, pas tant que ça, car il le dit lors de la conclusion de son livre, s’il a voulu faire ce reportage, c’est parce qu’il a habité dans cette rue. Relation à l’affectif qui se ressent page après page, Cyrille adore cette rue et a envie de nous transmettre cette curiosité de savoir, de s’intéresser aux autres.
En tout cas, le livre Straed Naonediz est une belle expérience humaine, à laquelle on pourrait reprocher trop de détails et de longueurs au début. Autre regret, le seul endroit qui manque : le Café Breton. Restaurant inconditionnel de la rue Nantaise. Et comme le dit Frank Pinard (c’est désormais son associé qui a pris la relève), la rue Nantaise devrait se faire appeler « la rue du Café Breton ».
Cette volonté de s’intéresser à ses commerces de quartier, à sa Rue et ainsi renouer du lien avec les habitants, refait surface de nos jours, à Rennes. Ce livre m’a fait de suite penser à l’exposition de photographies « La Quinzaine Saint Hélier » qu’a fait Vincent Ogloblinsky, photographe dans la société Regards, sur la rue Saint Hélier, en décembre dernier. Sa démarche a été la même que pour Cyrille Cléran, rendre hommage à une rue qu’il a habité auparavant et en montrer son côté humain en photographiant le boulanger, les coiffeurs de ce quartier. En parlant de cela, le livre Straed Naonediz est agrémenté de photographies d’archives de la ville de Rennes et de cartes commentées par l’historien Pierre Judic.
Ce livre-reportage n’est pas figé, bien entendu. Cette rue continuera de changer tout en gardant « un côté populaire et métissé » (page 132). Peut-être qu’un jour, dans cinq ou dix ans voire plus, quelqu’un prendra la relève et continuera d’écrire l’Histoire de la rue Nantaise. Qui sait ?
Me voilà enchanté d’inaugurer une longue série de critiques d’ouvrages !
Eh bien, voilà notre Cyrille Cléran en tête de gondole ! Super pour lui et son travail remarquable aux Editions de la Rue Nantaise…
J’espère qu’il n’y aura pas de favoritisme !!!
a Rennes, il y a aussi les éditions de La Part Commune, les éditions de Juillet, les éditions de l’Apogée, les editions Critic et tant d’autres…
moi c’est à La Part Commune que l’on me trouve !!!!
bonne continuation à ce blog !
G L
Bonjour Gaëtan ! Merci pour ce commentaire. Cyrille est venu vers moi, m’a propose une collaboration, écrire des critiques sur les livres de sa maison d’éditions. Les critiques je présente pour l’instant sont toutes des éditions de la Rue Nantaise. Si c’est du « favoritisme », on peut dire que oui. Mais je ne me ferme pas des portes et si d’autres éditions me proposent de collaborer, c’est avec plaisir ! J’avais rencontre le directeur de la Part Commune en classe de première et c’est du très bon travail, ce serait avec plaisir
Vive le favoritisme !
je vous envoie mon livre manon si vous voulez … à moins que Cyrille vous prête son exemplaire dédicacé !!!